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Mes impressions sur la littérature, la culture ( et tout le reste ) du monde arabe.

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"We are all involved in an important joint enterprise, namely of bringing an awareness to the riches of the Arabic literary tradition to a much broader public, wherever it may be" - Roger Allen

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خواطري عن الكتب العربية قرأتها ... والأفلام والمسلسات
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9.10.2013

ألو مرحبا - série télé saoudienne / Saudi TV series


(FRA)
         Série saoudienne (ou du moins, faite comme si elle se passait en Arabie saoudite ... Je soupçonne encore bien que certains acteurs viennent d'autres pays du Golfe, surtout les actrices, ne faisant qu'imiter l'accent saoudien, mais je ne suis pas experte encore à ce point pour distinguer un vrai accent d'une imitation). Diffusée sur MBC (la rivale de Rotana, si je suis bien ... Deux noms de bouquets de chaînes satellites, saoudiennes toutes les deux, proposant le même genre de programmes). Et re-regardable sur leur site à volonté, ici.
        Sujet : la vie des employés d'un call-center, mais un call center ici où les clients appellent pour des services divers et variés (appeler un réparateur de machine à laver, réserver un billet d'avion ...), pas du tout ce qu'on entend nous par "call-center" et leurs pubs téléphoniques intempestives. La série tourne donc autour de la vie du patron, de ses deux aides, et de huit employés : quatre hommes et quatre femmes, tous jeunes, et bien sûr séparés (on est en Arabie saoudite, point de folies scénaristiques !) mais du coup, c'est intéressant, pour une étrangère comme moi, de voir toutes les stratégies des hommes et des femmes pour passer au delà de ces barrières imposées par la culture, pour interagir ... Ils ne paraissent guère plus "handicapés" que nous par leurs barrières qui nous paraissent inimaginables, mais au contraire, on voit que comme dans toute société, il y a des règles, plus ou moins respectées, et que les gens font avec, et vivent leur vie malgré tout. Bref, une série qui vaut bien pour moi n'importe quel livre anthropologique.
        Série traitée sur le ton de la comédie réaliste et que je trouve d'une très bonne qualité à plusieurs niveaux : le jeu d'acteur est naturel, la façon de filmer (là non plus, je ne suis pas experte, mais je ne peux que comparer avec les autres) très bien faite, du moins assez "moderne" pour ne pas être ennuyeuse, les scénarios ne sont pas trop bêtes, simples mais réalistes ... Le plus dur pour moi était que je n'avais encore jamais vraiment suivi de série du Golfe, malgré mes heures de drogue passive à Rotana Khaleejiyya (que je mets en bruit de fond dès que je peux pour m'habituer à l'accent).
        Mais le dialecte du Golfe et ses variantes étant mon préféré de tous, j'étais doublement motivée pour tenter de comprendre cette série :  je ne sais pourquoi je suis toujours la seule à le trouver beau. La plupart du temps c'est l'égyptien qui est mis sur un piédestal, mais leur prononciation du "j" (ج) en "g" m'insupporte, ou encore le syro-libanais, qui semble véhiculé la même notion de sophistication et de "haute culture"... Le dialecte du Golfe a l'air d'avoir une réputation de dialecte "de campagnard" (enfin, bédouin pour le coup), peu raffiné à l'image du cliché de l'arabe du Golfe assis sur ses dollars et son puits de pétrole, intéressé par les couleurs criardes, les objets kitsch et le bling-bling de façon générale. Mais rien à faire, c'est le plus doux à mes oreilles ... Peut-être parce que c'est l'équivalent arabe de mon accent franc-comtois natal ?




(ENG)

       Saudi TV series (or at least the story takes place there, I wouldn't be surprised that the series were shot elsewhere with actors from other countries "faking' the saudi accent, but well, I'm not an expert on that). Airing on one of the two big satellite group channels, here MBC, (the other one being Rotana) both saudi-owned. You can watch all of their TV series on their website here.

        The story : the day-to-day life of employees and their employer in a call-center (not the ones we're used to, with their intempestive calls, here a call-center is a service center : people call them to buys a plane ticket, or check in a hotel, or getting an appointment with some houseware reparator fro the dishwasher, etc). Eight young employees, 4 men and 4 women (not in the same room of course, it's Saudi Arabia). The whole series is made into a realistic comedy worth many anthropological books on the country : you see how people deal with their lives despite what as a foreigner we can see as impossible social rules (especially the segregation between men and women), they find other ways to deal with it and they don't look worse off, as a general rule, than us.

        The TV series is of a good quality too, as compared to many other : the scenario, if not complex, is realistic enough, the actors play well, and the filming is quite modern. The hardest part for me was to understand everything, because I'm not used to the Gulf dialect - but since it's my favorite, I'm trying hard to learn it in my spare time. 

        I don't know why people usually say the egyptian dialect is the best, it sounds nice alright, but their way of saying the ج  (j) as a "g" is unbearable to me for some reason ... And the other accent which has the same "high-culture" and sophisticated image is the levantine dialect, and it's nicer to me ears than the egyptian one, but the Gulf one (ones?) are definitely the best for me. And contrary to the other two, they do pronounce the ق one way or another (usually a heavy "g") and I appreciate that. I appreciate not disparaging that letter, it's a beautiful one, and as a foreigner, it definitely helps understanding the words ! Anyway, it seems the Gulf dialect has the same image than the "countryside" dialects in french and english (bedouin then, in arab countries), maybe made worse by the never-ending cliché of the too-rich Gulf arab and his blatant lack of taste in everything (king of the bling bling) ... but who cares, their accent still sounds nice. Rambling on to say that I'm happy to have found a TV series that's funny, well-made, and with the "right" accent all at the same time !

9.01.2013

الأرجوحة ـ بدرية البشر/ La balançoire / The swing

(FRA)

La balançoire - de Badria al Bishr


         Deuxième roman que je lis de cette auteur. J'avais préféré le premier, "hind et les militaires"* qui ressemblait plus à un conte, et qui (pour moi) avait le mérite de se terminer bien (histoire d'une femme, de son enfance pas drôle, à son mariage raté, à sa fuite avec son amant à l'étranger).
        Les deux romans ont l'avantage d'être très facile à lire, et courts. C'est, je suppose, l'équivalent arabe de la chick-lit anglo-saxonne, en moins léger. En tous cas le genre de roman qu'on ne voudrait pas admettre de lire, qu'on lit en cachette parce que ca ne fait pas aussi bien que de lire du Naguib Mahfouz ... Même si essentiellement il s'agit de la même chose : la vie des gens normaux dans un pays réel. Certes, le talent d'écrivain de ce dernier n'est pas donné à tous, mais pour un voyage en train ou en bus, quand on ne maîtrise pas parfaitement les complexités de l'arabe, Badria al Bishr fait l'affaire.
        Histoire du roman : ce n'en est pas une, vraiment. Plutôt une "tranche de vie", comme on aime à dire. La vie de trois amies saoudiennes qui se retrouvent à Genève par hasard. L'une d'elle est une descendante d'esclave, les deux autres de familles traditionnelles. Les trois se racontent leurs vies plus ou moins heureuses (souvent moins que plus d'ailleurs) avec les hommes (ou les femmes). D'apparence libérées (surtout hors de leur pays d'origine), leurs n'en sont pas moins peu enviables, et comme tout le monde, cherchent différents moyens de survivre en se procurant de l'argent (argent en général détenu par les hommes).
     Le genre d'histoire qui, racontée dans n'importe quel autre pays, recevrait très peu de de commentaires, de par la banalité réaliste qu'elle contient, mais vu qu'elle est estampillée "arabe", et même mieux (ou pire), "Arabie Saoudite", je ne doute pas que traduit, les critiques seraient légions pour dénoncer cette "culture machiste", etc ... Mais j'insiste, c'est une histoire banale, souvent triste, mais qui pourrait se produire n'importe où. Pour des détails croustillants sur ce pays en particulier, il vaut mieux aller voir ailleurs ...
      Les caractéristiques "arabes" sont dans ce roman très peu nombreuses... Et pas essentielles à l'histoire. Par exemple : en Aabie Saoudite, les femmes ne peuvent pas conduire. Donc dans le roman, elles se déplacent avec chauffeur, ou en taxi, ou conduite par leur frère/père/mari. Même si ce n'est guère comparable, on peut imaginer que c'est comme on disait dans un hypothétique roman "elle vivait à New york et voulait rendre visite à son amie, elle prit donc un taxi jaune". Qui pourrait s'intéresser au fait qu'il n'y ait que des taxis jaunes pour critiquer la culture américaine ? On ne préciserait même pas la couleur d'ailleurs, tout comme dans ce roman, l'auteur indique seulement que telle héroïne prend un taxi, sans préciser pourquoi. C'est un détail, particulier à ce pays, qui n'est pas essentiel du tout à l'histoire (qu'il soit critiquable, j'en conviens, mais c'est une autre histoire !).
      Par contre certains éléments essentiels à l'histoire, comme les agressions sexuelles, sont eux tristement universaux...
 


(ENG)

The swing - by Badria al Bishr

           It's the second book I'm reading by this author. The other one, "Hind and the military"*, was better (for me), because it looked more like a tale, with a happy ending (the story of a woman from her difficult chilhood to her first unhappy marriage, ending with her flight overseas with her lover).
       Arabic chick-lit we could say, the sort of book you don't want to be caught reading because it doesnt look as good as reading some novel by Nagui Mahfouz, but still, when you don't master the language perfectly and you are on a bus trip or on the train, these books are great. You even feel good at understanding everything with no much effort.
       So this one is about three saudi women, university friends running into each other by happenstance in Geneva. They spend time together having fun, looking "liberated" and telling stories, stories of their rather sad lives. Very much commonplace stories, you could find anywhere, but I'm sure that if these books were translated one day, critics would be all over the place denouncing this "macho arab culture" or whatever, once more not realizing that the same stuff happen everywhere.
        The cultural particularities are not even that numerous in these novels, and are not key elements to the story, sorry middle-east bashers, it won't be interesting enough for you ... i.e. : women don't drive in Saudi Arabia, so in those novels they have chauffeurs or take a taxi or their husband/brother/father drives them, and the story goes on ... Even if I could get a better comparison than what follows, it's like saying "she lived in New York, she wanted to go and see her friend, so she took a yellow taxi". Would would critisize the fact that there are only yellow taxis ? Not relevant to the story anyway ! It wouldn't even be written "yellow taxi", just "taxi", and as such, in the novel, it's just written "she took a taxi", not caring to add "because in KSA women can't drive". Because it's not relevant to the story. (That it is a frustrating and stupid situation for women is not relevant here, and it's another story !). But other elements more essential to the story, like the sexual harrassements, are sadly universal ...


كتاب سهل القراءة لأشخاص مثلي لا يتقنون العربية بشكل تام .... فيمكنك أن تقرأه في الباص أو القطار وتفهم كل شيء ! والحكاية هي عادية حزينة يمكن أن تقع في اي بلد ( حكاية ثلاثة صديقات يسردن حياتهن في مدينة جينيف)... يعني أن خصوصيات الثقافة السعودية هي غير مهمة للحكاية هنا ـ بعيدا من كل ما يفلت انتباه الناس مهتمين فقط بما تجد من أشياء غريبة ومقرفة في المملكة 



* (هند والعسكر)          

7.25.2013

ساق البامبو ـ سعود السنعوسي Excellent roman saoudien


La branche de bambou - de Sa’ûd al-San’ûsî

(FRA)
Le roman qui a gagné le prix international du roman arabe au Liban 2013 (International Prize for Arabic fiction - «Booker»). Je viens juste de le finir, et je suis bien contente qu’il ait gagné, bien que je suis entrain de lire un autre qui était également dans les finalistes et qui aurait tout autant mérité le prix, mais bref, revenons au sujet principal.
L’histoire, écrite à la première personne, d’un enfant mi-koweïtien mi-philippin : sa mère étant à l’époque domestique dans une maison koweïtienne, mais bien que son père ait voulu vivre avec elle et se marier, il a cédé aux pressions familiales, a divorcé sa femme et l’a renvoyé avec le bébé aux Philippines avec la promesse de s’occuper de son garçon à l’âge de la majorité. Entre temps l’invasion irakienne emporte le père, et le héros revient au Koweït, nourri par les images idéalisées de sa mère qui lui souhaitait une meilleure vie que la pauvreté aux Philippines. Mais la famille ne l’accepte pas, son retour lui-même se trouve être une sorte de vengeance d’un ancien ami de son père lui-même rejeté par la famille (du fait de sont statut «bidoun» : koweïtien mais sans papiers officiels), bref, il a trop l’air «philippin», c’est la honte pour cette famille de haut standing, etc ... Seule sa demi-soeur et des amis lui rende la vie intéressante au Koweït, mais il finira par retourner aux Philippines retrouver son grand amour et son autre famille, pauvre et pleine de problèmes elle aussi.
Mon résumé ne ressemble peut-être à rien, mais l’histoire, beaucoup plus complexe et intéressante, vaut vraiment le coup. La langue est claire, tout comme la critique sociale des différentes sociétés : les Philippines par exemple comme victime de différents paramètres (pauvreté, etc) ce qui oblige les filles à se prostituer, à s’exporter comme domestiques notamment dans les pays arabes (avec tous les dangers connus que ça implique pour certaines), et le Koweït comme société très riche mais très contradictoire et dure envers les étrangers, tout le monde en prend pour son grade, cela va de la prostitution au racisme, en passant par les différents jeux des couches sociales, de la complexité des réputations, du manque d’instruction via la lecture, de l’abandon de la langue maternelle (l’arabe) au profit de l’anglais chez les jeunes ... Concernant ce dernier point, j’ai hautement apprécié le passage où le héros reproche à sa demi soeur, koweïtienne, de n’utiliser que l’anglais pour parler à ses amies plutôt que l’arabe, et s’appuyant sur l’histoire des Philippines et d’un héros national philippin, José Rizal (dont les citations parsèment le livre), lui explique que c’est un signe de colonisation étrangère en passe de réussir ... Si l’anglais est positif dans le sens où il leur permet de communiquer, il ne devrait pas remplacer la fonction de la langue nationale.
La religion est aussi abordée, de la façon dont elle est comprise et utilisée, que ce soit aux Philippines ou au Koweït ... Le personnage est un chrétien avec des tendances bouddhistes, et qui est intrigué par l’islam du fait de ses origines, mais il arrive, d’une certaine façon, à mieux comprendre l’islam que quelque uns de ses compatriotes émigrés au Koweït. Je citerai là une scène bien sentie où l’un de ses amis philippins, musulman «militant», essaie de le convaincre de la grandeur de l’islam avec une série de photos de soi-disant «miracles», par exemple d’un poisson dont les écailles du ventre forme le nom «Allah», ou d’une mosquée, restée debout après une tornade, alors que toutes les maisons alentours ont été détruites. Le héros lui réplique alors que ces photos ne sont que des bêtises, et que s’il veut vraiment convaincre qui que ce soit de sa religion, ce n’est pas ne montrant des maisons détruites qu’il va y arriver, dont la seule explication rationnelle est que la mosquée était en béton et les maisons en bois, donc aucun argument religieux n’est valable dans ce cas là, et termine en lui répliquant «si tu veux m’intéresser à l’islam, tu ferais mieux de me lire et de me traduire des versets du Coran directement».
La seule chose qui me laisse intriguée, au vu de l’intérêt du narrateur pour les questions de langue, de l’importance de connaître sa propre langue et celles des autres, c’est que le héros, pas une seule fois, ne cherche à prendre des cours d’arabe. Pourtant il reste deux ans au Koweït, mais l’anglais semble lui suffire pour se forger des liens avec les différentes personnes là-bas. Il finira par écrire le roman de sa vie dans sa langue maternelle, qui sera ensuite traduit en arabe par un ami philippin maîtrisant la langue ... C’est pour sa que le lecteur peut être perturbé en premier lieu par la présentation de l’ouvrage, où l’auteur réel ne serait qu’un transcripteur.
(Explication du titre : le bambou - plante qui se trouve dans le jardin du héros aux Philippines - peut prendre racine n’importe où, quelque soit le lieu où il est transplanté ... Le héros s’attend donc à pouvoir prendre racine au Koweït, mais ce ne sera pas vraiment le cas.)
Pour terminer, je pense que l’auteur, saoudien, a réussi à éviter l’interdiction du livre en le publiant au Liban, et en évitant d’attaquer directement son propre pays, même s’il est très facile de voir que le Koweït n’est qu’une excuse dans la description de situations qui existent dans les pays voisins ... La critique est donc très présente, mais de façon équilibrée et réaliste. L’auteur ne se lance pas dans le tout-négatif comme on aime à le faire bien souvent, surtout en ce qui concerne les pays arabes, mais au contraire rend toute leur complexité aux différents personnages, ni bons ni mauvais, mais pris dans les tissus sociaux surpuissants. Et on apprend plein de choses sur les Philippines, pays que je ne connaissais pas du tout.





The bamboo branch - by Sa’ûd al-San’ûsî

(ENG)
The novel that won the International «Booker» Prize for Arabic Fiction in Lebanon in 2013. I just finished reading it, and I’m happy that it won the prize, even though I’m currently reading another one, short-listed for the same prize, that is as good, for different reasons.
The story is written in the first person, the story of a child born of a Kuwaiti father and Philippino mother, named José/Isa (both meaning Jesus in spanish and in arabic). At the time his mother was a maid at his father’s house. He wanted to marry her but his family put him under pressure so that he had to divorce her and send her back with the child in the Philippines, promising that he would take care of the boy later, when he would be able to work. But his father dissapears during the Iraqi invasion of Kuwait, and the narrator comes back to Kuwait with the help of his father’s former friend Ghassan, his head full of overly positive images of the country, that his mother fed him overtime, wishing him a better life in rich Kuwait than in the Philippines where poverty destroyed much of his family. But his father’s family doesn’t accept him, and the reasons of his return are in the end a sort of vengeance from Ghassan towards his father’s family, because he was prevented from marrying his love, one of the narrator’s aunt, being a «bidoun» (a kuwaiti, but with no papers). The narrator looks too philippino for his family, it brings shame to theur standing and their name. Only his half-sister and some friends supports him and make his life bearable in Kuwait.
My summary might be a bit shaky and not really representative, but the story is very good, the plot is always interesting because you never really expect the characters’ actions, and it’s written in a flowing style. And the social critic is there, balanced, realistic, not all-negative nor all-positive, but the narrator doesn’t restrain himself from breaching on any subject : 
  • The Philippines as a country crushed by poverty, obliging girls to work in prostitution, or to go and become full-time maids in faraway countries in dreaful conditions for some cases.
  • Kuwait as a rich country but full of contradictions, racism, stuck in an impossible play of social classes, of young people disinterested in their culture and their language ... On that topic I highly appreciated the moment when the narrator asks his half-sister (full kuwaiti) why she talks only in english with her friends ... He then essentially tells her, quoting a famous thinker from the Philippines, José Rizal, that abandonning your language that way is a sign of a succeeding foreign colonisation. You can’t be yourself if you mix up the functionnalities of the languages you know/have learnt : it’s alright to know other languages, it’s even what enable the narrator to communicate witht eh Kuwaitis, but you should not use it as a replacement for you mother tongue. And this is why, in the end, the narrator chooses to tell his story in his native tongue, story that will be translated into arabic by a philippino friend of his who know both languages (which is of course part of the fiction, but the book is presented such as you might think the real author is in fact only akind of publisher).
  • Religion comes in too. How it is percieved and used by the different characters in both countries, the political and spirituals elements. The narrator is a buddhist styled christian who has an interest in islam because of his origins. He doesn’t really convert to it, even though one might say he understands islam better than most. I particularly like a scene in the book where one of the narrator’s friend try to convert him to islam whit these so-called miraculous images of stuff like a fish that has its scales forming the name «Allah», or the mosque that is still standing up after a storm while all the houses are gone. The narrator then replies that these pictures are stupid : the storm obviously destroyed the wooden houses and not the concrete-built mosque, and he ends the conversation telling his friend ‘if you wnt to convince me of anything, you’d better read me the Quran and translate it to me’. Religious-wise he’s a very interesting and intriguing character which goes in the way of the common western view that all Saudis all religious fanatics who despise the rest of the world : the author is Saudi, and this is a book that speaks very intelligently about highly sensitive issues : immigrant workers in the Gulf from their point of view, and religions. Of course he doesn’t «attack» his own country directly, though you can feel that all Gulf countries are aimed at through Kuwait, and the book is published in Lebanon. But whatever.
  • The book, in general, speaks of the difficulty of being a child of two cultures, the quest for an identity, and growing up in poverty. The title of the books refers to the bamboos growing in his mother’s backyard in the Philippines, a plant that has the alleged capacity of taking roots anywhere in almost any conditions.



      The only thing that intrigues me in the plot is why the narrator never attempted to learn arabic while he had all sort of occasions for it.
      Anyway, I learned quite a lot of things about the Philippines too, and in the end it is a surprising book, and a very good one. I hope it’ll be translated into english and other languages soon ...





كتاب أحبه كثيرا لاسباب مختلفة ... من المفترض أن اترجم ما كتبت عنه في الفرنسية والانكليزية الى العربية ولكن ما عندي أي وقت ... المهم أنني مسرورة أن مثل هذا الكتاب يحظى على جائزات. نتعلم الكثير عن مجتمعتي الكويت والفيليبين ورؤية ناس يجيؤون من دول عاشت الاسعمار الغربي بشكل أو آخر ومهمة الكفاحة لأجل اللغة الوطنية التي تنقل الثقافة والتأريخ والهوية. 

5.04.2013

الوزير المرافق / Le ministre accompagnateur / The Accompanying Minister

مؤلف : غازي بن عبد الرحمان القصيبي

(FRA)
"Le ministre accompagnant" de Ghâzî bin Abd-al-rahman Al-Qusaybî

     Récit biographique d'un écrivain saoudien qui a été ministre à ses heures perdues (ou l'inverse ?) (c'est fou le nombre d'écrivains arabes qui avaient ou ont une double vie de fonctionnaire. Il est vrai que sans lois strictes sur les droits d'auteur, tel que c'est le cas à peu près partout dans le monde arabe, ils ne gagneraient pas grand chose grâce à leurs livres). Il raconte ses rencontres avec différents chefs d'états il y a quelques décennies : Nixon, Indira Ghandi, Habib Bourguiba, Helmut Schmidt, Helmut Kohl, Kaddhafi, la Reine d'Angleterre, François Mitterand, Amin Dada, avec un dernier chapitre sur le sommet arabe de Fès en 1981, assez intéressant sur les discussions et les clash de personnalités autour de la proposition "d'un plan de paix" pour la Palestine du prince héritier (puis roi) Fahd ...
     Même si l'on apprend rien de nouveau sur aucune de ces personnalités, c'est intéressant de lire des observations de première main : l'auteur a essayé de garder les premières impressions qu'il a eues et qu'il a noté après chaque rencontre, et non pas de reconstruire rétrospectivement une image de chacun. Le tout finalement donne une image peu surprenante de chacun (Kaddhafi et Amin Dada avaient effectivement l'air bien gratiné dès le départ, par exemple).
     J'avais acheté ce livre un peu par hasard, en étant tombée sur un passage qui m'avait fait rire : un des chefs d'état, visiblement préoccupé par une question, demande un jour à l'auteur : "Pourquoi certains d'entre vous portent des ghutra (keffiehs*) rouges et blancs, et d'autres juste blancs ?". La réponse est assez simple : c'est selon les goûts de chacun ... C'est étrange comme on veut absolument voir des significations partout dès qu'il s'agit d'une culture étrangère, ce qui est naturel, dans une volonté de faire sens de ce que l'on voit, alors que finalement, un keffieh rouge ou un keffieh blanc, c'est comme une cravate rouge ou une cravate noire, il n'y a pas tant de mystère que ça ... A moins qu'on ne veuille partir dans la psychanalyse de comptoir ! (Il n'y a guère que le keffieh blanc et noir qui est associé typiquement à la Palestine, mais là aussi il faut nuancer : on le trouve traditionnellement dans beaucoup d'autres régions arabes).

* nom différent selon les régions ... On dit couramment keffieh en France, il y a aussi shimagh, mais c'est la même chose : le tissu porté sur la tête par les hommes. (Nouvelle de fou, il n'y a pas que les femmes qui mettent un tissu sur la tête ... !)

(ENG)
"The accompanying minister" by Ghâzî bin Abd-al-rahman Al-Qusaybî

     A book about the encounters of a saudi writer (who also happened to be minister for a long time, as is the case for a great many arab writers working as civil servants - no strict copyright law means that they have to find another way of getting money than writing books) with different head of state some decades ago : Nixon, Indira Ghandi, Habib Bourguiba, Helmut Schmidt, Helmut Kohl, Kaddhafi, the Queen of England, François Mitterand, Amin Dada, and a last chapter about an arab summit in Fes in 1981 and intersting discussions if not fights between the then personnalities of this summit around the proposal of crown prince (then King) Fahd on a peace proposal for Palestine ...
     We don't learn anything new but it's quite interesting to see the close-up impression of the author as he has had them after meeting these people (he tried to describe his feeling using the notes he had taken at the time and not constructing impressions in a restrospective manner). And you are not that surprised in the end, for example, that Kaddhafi and Amin Dada were quite damaged from the start ...
     I had bought this book by happenstance, after reading a funny part about one head of state looking preoccupied and asking the author, very seriously : "Why do some of you wear a red-and-white headdress and others just a plain white one ?", the typical question everyone have at some point, of which the answer is so simple : "Well, that depends of one's personal taste ..." It is funny how, when it comes to foreign culture, anyone will try, and it's quite natural, to make sense of what one is seeing by looking for explanations at everything. But red or white ghutra*, it's like a red of black tie ... No immediate signification whatsoever.

* the men headdress is called by different names according to the region (breaking news ! men too wear pieces of material on their heads, not only women), but in France, we generalized with the palestinian term, kuffiah. And yes, even though the black and white one is associated with Palestine, it is also worn traditionally in other regions ...


كتاب عن لقاءات الكاتب ووزير غازي بن عبد الرحمان القصيبي ـ أول كتاب له أقرأها ـ ويحكي فيها عن انطباعات له بعد التقى مع رؤساء وحكام عبر العالم ... لا تكتشف ما هو جديد ولكنها قراءة ممتعة وتكتشف هؤلاء الأشخاص المشهورون كما تتخيلهم من قبل ـ مثلا القضافي وأمين دادا كانا مجنونين منذ البداية. وبالنسبة لقارئة غربية مثلي هو مثير للانتباه أن أرى أشخاص نعرفها في الغرب عبر نظر مختلف قليلًا ...